BAR KOKHBA

BAR KOKHBA
BAR KOKHBA

Deux générations après la guerre des juifs contre les Romains et la destruction du Temple (66-70), les juifs se soulèvent sous la conduite de Bar Kokhba proclamé Messie, qui tient tête aux légions romaines de 132 à 135. Les origines, le déroulement et les péripéties de ce mouvement messianique – le plus long de l’histoire juive – restent problématiques. Des découvertes archéologiques, documentaires et numismatiques font reculer les zones d’ombre.

Le peuple juif sur sa terre au début du IIe siècle

La chute de Massada et des nids de résistance en 73 parachève la reprise en main du pays. L’empereur afferme à son profit les terres, impose aux juifs un tribut annuel de deux drachmes et bat des monnaies légendées Judaea capta ou Judaea devicta . Cependant, Rome reconnaît une autorité judiciaire et politique juive, le patriarcat, qui remplit les fonctions autrefois dévolues au sanhédrin. Au début du IIe siècle survient une restauration marquée par des rachats de terres et la reconstruction des villes et des bourgades. La soudaine explosion de 132 s’explique mal, alors que l’empereur Hadrien projette de rebâtir Jérusalem et séjourne dans la région de 128 à 132: il frappe des monnaies à la devise Adventui Augusti Judaea et sa statue monumentale en bronze est érigée près de Beth-Shéan. On admettait que l’édification d’une ville païenne, Aelia Capitolina, en lieu et place de Jérusalem avait commencé après la défaite des insurgés. Or la mise au jour d’un trésor monétaire dans la région du mont Hébron livre des monnaies romaines portant la mention Aelia Capitolina sur lesquelles Bar Kokhba grava en surimpression ses propres devises. Les travaux, sous le gouverneur Tinéius Rufus auraient donc provoqué la guerre.

La guerre de Bar Kokhba (132-135)

On ne connaissait cette guerre que par de courtes sources grecques: Dion Cassius (Histoire romaine , LXIX, XIII, 2), Épiphane et Eusèbe (Histoire ecclésiastique , IV, 6). Le Talmud et les sources rabbiniques (Ta‘anit , 29 a et Lamentations Rabba , 2) campent un chef énergique, autoritaire, pourvu d’une force physique hors du commun. Selon Dion Cassius, la guerre prit des proportions considérables: «Les juifs du monde entier se soulevèrent et les rejoignirent et créèrent beaucoup d’ennuis aux Romains, en secret et ouvertement, et même beaucoup de gentils vinrent à leur aide.» Publius Marcellus, gouverneur de Syrie, fait appel à la XXIIe légion d’Égypte, bientôt anéantie par les insurgés. Le théâtre des opérations – les découvertes du Wadi Murabba‘at et du Na ムal ネéver entre 1951 et 1960 l’attestent – se situe essentiellement en Judée. On n’a pas pu établir si Bar Kokhba était parvenu à s’emparer de Jérusalem et à y rétablir le culte sacrificiel. Bar Kokhba, Nessi Israël (prince d’Israël) frappe des monnaies à l’effigie du Temple, à la devise «An I de la liberté de Jérusalem» et Rabbi Aqiba, le chef spirituel révéré, le proclame «Roi-Messie». Selon les sources rabbiniques, Hadrien en personne prend le commandement des troupes et mène les opérations jusqu’à la chute de la cité forte de Bethar. En fait, Julius Sévère, rappelé de Bretagne, combat l’insurrection avec la Xe légion appuyée par des troupes auxiliaires, soit l’équivalent de douze légions. Il réduit une à une les forteresses juives et vient à bout de Bethar où Bar Kokhba trouve la mort. Les pertes juives sont considérables: cinq cent quatre-vingt mille morts, cinquante places fortes et neuf cent quatre-vint cinq agglomérations juives détruites. Les pertes romaines sont telles – rapporte Dion Cassius – que, dans son rapport au Sénat, Hadrien omet la formule rituelle: «Si vous allez bien ainsi que vos enfants, c’est bien. Moi-même et nos légions allons bien», et renonce au triomphe. On édifie, à la place de Jérusalem, une cité grecque dédiée à Jupiter Capitolin et interdite aux juifs. Rabbi Aqiba périt dans les supplices et les Romains traquent les chefs spirituels afin d’interrompre la transmission de la Loi. La tradition juive a retenu l’interdiction faite aux vaincus d’ensevelir les morts de Bethar: l’interdiction rapportée, on ajouta une formule aux grâces prononcées après chaque repas. Les études récentes réduisent l’étendue des dommages causés à la Judée par la répression. Certes, le centre de la nation passe en Galilée, mais un peuplement juif et une restauration de portions notables de la Judée sont indéniables sous la dynastie des Antonins.

Le substrat matériel et administratif de l’insurrection d’après les découvertes du désert de Juda et de Khirbet Midras

Lors des fouilles de 1953 dans les grottes de Murabba‘at et de 1960-1961 au Na ムal ネéver, au Na ムal プeélim, on mit au jour des instructions de Bar Kokhba à ses lieutenants, ainsi que les archives familiales d’une certaine Babitha bat-Siméon. Ces trouvailles extraordinaires mettent en lumière l’approvisionnement, la discipline, les pratiques religieuses, les langues (hébreu, araméen et grec) des insurgés. Elles révèlent le vrai nom de son chef Siméon ben Koséba – Bar Kokhba, «fils de l’Étoile» d’après Nombres, XXIV, 17 pour les sources chrétiennes, Ben Koziba «fils du mensonge» pour les sources juives –, et ceux de ses lieutenants Jésus ben Gilgala, Juda ben Manassé, Massabala ben Siméon, ainsi que des relations tendues avec les «Galiléens» (des chrétiens? ).

Les fouilles de 1981 au Khirbet Midras (Kh. Durusiya) dans la région de Nahal Soreq, au sud-ouest de Jérusalem, ont dégagé de prodigieux complexes souterrains (couloirs, demeures, entrepôts, puits, systèmes d’aération, salles d’assemblée, atelier monétaire) construits avant la révolte et qui servirent de point d’appui aux opérations. Grâce à des monnaies et à d’autres vestiges, on les identifie avec les installations mystérieuses qu’évoquait Dion Cassius: «Ils n’osèrent pas combattre les Romains en batailles rangées, mais ils s’emparaient des meilleures positions de la contrée, et les fortifiaient avec des souterrains et des murailles, afin d’y trouver un refuge s’ils étaient forcés et de s’assurer sous terre des communications secrètes; ils pratiquaient des ouvertures au-dessus de ces chemins souterrains pour laisser entrer l’air et la lumière.» Le problème de la préparation du soulèvement à l’insu de l’occupant romain trouve ici un début de solution. Restent pendantes la chronologie des opérations militaires, la restauration du Temple et du culte sacrificiel, la signification du titre Nasi de Bar Kokhba, la cause directe de la guerre. Dans l’attente de fouilles, Béthar, quartier général de Bar Kokhba et substitut de Jérusalem pour les sources rabbiniques, conserve son mystère. S’agit-il bien des abords du village de Bittir à 11 kilomètres au sud-ouest de Jérusalem ou d’un site de la région de Hadéra comme le prétend un travail récent?

Encyclopédie Universelle. 2012.

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